Recherches sur le riz

Aujourd’hui, le riz fait partie des principaux aliments de base des pays de l’Afrique de l’Ouest. Le défi commun à ces pays, majoritairement importateurs de riz est d’atteindre l’autosuffisance. C’est dans ce sens que le Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice) œuvre à travers ses recherches. Dr Khady Nani DRAME est chercheuse en Biologie Moléculaire à AfricaRice. En poste en Tanzanie, la scientifique travaille entre autres sur la toxicité ferreuse, un mal présent et persistant dans les champs de riz de certains pays africains. Nous l’avons rencontrée lors de la semaine scientifique d’AfricaRice.

Qu’est-ce que la toxicité ferreuse ?

La toxicité ferreuse est un stress (un

Khady Nani Dramé- Projet STASA

Khady Nani Dramé- Projet STASA

mal) qui intervient dans les bas-fonds où le niveau de fer dans le sol est très élevé et empêche la plante de pousser correctement. En principe, si le paysan aménage bien sa parcelle et qu’il fait un drainage régulier, il peut réduire le problème de toxicité ferreuse. Mais comme c’est souvent le cas, la gestion de l’eau dans les parcelles paysannes n’est pas toujours optimale. Nous travaillons donc pour développer des variétés qui peuvent survivre à ce stress-là et produire de bons rendements.

En quoi consistent vos recherches ?

Nos recherches s’intègrent dans le cadre du projet STRASA qui se focalise sur le développement des variétés de riz tolérantes aux stress abiotiques tels que le froid, la sécheresse, la toxicité ferreuse, la salinité et la submersion. Nous développons les nouvelles variétés en utilisant les sources qui existent dans notre banque de gènes. Ces sources sont sélectionnées sur la base de leur comportement en conditions de stress. Par exemple celles qui présentent le moins de symptômes de toxicité ou celles qui produisent le mieux, sont retenues.. On les utilise pour faire des croisements et améliorer les variétés que les paysans apprécient mais qui ne survivent pas au stress.

On utilise aussi des outils moléculaires pour identifier les régions du génome qui contrôlent ces caractères et ensuite les transférer par croisement dans les variétés à améliorer. De ce fait on peut améliorer la variété avec plus de précision tout en évitant de perdre les caractéristiques appréciées par les paysans: c’est la sélection assistée par marqueurs.

Notre produit final pour ce projet, sont les variétés améliorées qui résistent aux stress abiotiques.

Vos recherches ont abouti à quelles solutions ?

Dans le cas de la toxicité ferreuse, si la variété cultivée est très sensible, le paysan ne récolte rien ! Des travaux précédents d’AfricaRice ont montré que les pertes peuvent varier entre 30% et 100% en fonction de la sévérité du stress et de la tolérance de la variété.

Dans notre projet, nous développons des variétés qui peuvent survivre à ce stress de sorte qu’à la fin de la saison, même avec le stress, le paysan peut récolter quelque chose. Le projet STRASA est à sa troisième phase. Pendant les deux premières phases, nous avons développé des variétés qui sont maintenant nommées ARICA et homologuées dans les pays comme la Guinée Conakry et le Burkina-Faso. Les paysans qui ont accès à ces variétés peuvent les utiliser dans leurs parcelles affectées par la toxicité ferreuse. De ce fait, ils ne sont plus obligés d’abandonner ces parcelles pour exploiter d’autres terres et sont assurés d’avoir de meilleures récoltes.

Que pensent les producteurs de vos résultats ?

On a eu des réactions assez positives pendant les sessions de sélection variétale participative. En fait, on ne se contente pas de développer la variété, on s’assure également qu’elle est acceptée et appréciée par les paysans. Ils sont invités dans nos parcelles de démonstration et choisissent eux-mêmes les variétés qui leur conviennent en fonction de leurs propres critères d’appréciation. Ce qui nous permet d’avoir un retour et de poursuivre l’amélioration en tenant compte de leurs critères et besoins. Prenez le cas, des pays où les variétés STRASA ont été homologuées, c’est parce que les paysans ont accepté ces variétés qu’ils ont été homologuées. Nous pouvons développer dix ou quinze variétés mais au final c’est peut-être une seule qui sera homologuée car c’est elle qui correspondrait le mieux à leurs critères.

Comment les acteurs, dont les paysans accèdent-ils à vos solutions ?

AfricaRice étant une organisation à but non lucratif, nous faisons de la recherche pour développer des produits et des technologies qui seront utilisés librement par d’autres. Par exemple nos travaux de recherche sont publiés pour servir d’autres chercheurs dans la poursuite de leurs travaux ou l’amélioration de leurs connaissances. D’autres supports tels que les manuels et les vidéos sont disponibles et peuvent être utilisés par les formateurs ou les vulgarisateurs pour diffuser les bonnes pratiques agricoles. D’autres acteurs comme les paysans peuvent utiliser les produits finis que sont les variétés. Et par le biais du groupe d’action « Sélection » nous nous assurons que les bonnes variétés de riz dont nous disposons sont testées le plus largement possible dans différents pays d’Afrique pour le bénéfice de leurs producteurs respectifs.

Comment maintenez-vous vos relations avec les paysans ?

Dans tous les pays où nous travaillons, nous nous entourons des partenaires nationaux qui assurent le relais avec les paysans. AfricaRice, n’a pas la masse critique pour poster des chercheurs ou des unités dans tous les pays d’Afrique, donc il est indispensable que nous travaillons en étroite collaboration avec les systèmes nationaux de recherche. Par ailleurs, du fait qu’ils maitrisent suffisamment bien leur environnement de production, nous sommes assurés que les produits issus de nos recherches sont diffusés exactement là où les paysans en ont le plus besoin. Par exemple, au Bénin, vous avez l’INRAB (Institut Nationale des Recherches Agricoles du Bénin, NDLR) avec qui AfricaRice collabore pour la recherche et la diffusion de technologies pertinentes pour le Bénin. Pareil dans d’autres pays.

Propos recueillis par Awanabi Idrissou

Note de la Rédaction (NDLR) :

  • « Le riz tolérant au stress pour les paysans pauvres d’Afrique et d’Asie du Sud-Est (STRASA) »
  • Les 18 pays couverts par le projet STASA sont : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée, Kenya, Madagascar, Mali, Mozambique, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Tanzanie et Ouganda.
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