Semaine scientifique 2016 d’AfricaRice

Le centre du riz pour l’Afrique a réuni depuis ce 1er février plus de 200 chercheurs et acteurs à divers niveaux de la chaîne rizicole dans le cadre de « la semaine scientifique 2016 ». Il s’agit pour l’organisation de faire le bilan de l’année écoulée et de définir les activités stratégiques de la nouvelle année.

C’est devenu une coutume pour le centre du riz pour l’Afrique d’organiser chaque année la semaine scientifique. Des chercheurs provenant des différents pays membres de l’organisation sont venus d’une part pour faire le bilan des activités menées en 2015. D’autre part, les participants définiront à partir des différents groupes d’action les activités à mener en cette nouvelle année.

 

DG AfricaRice« Nous allons faire un plan de travail pour l’année 2016. On va se focaliser sur un certain nombre d’axes. Le premier c’est de réfléchir sur les partenariats en ce qui concerne le financement. Recueillir les idées pour mieux planifier les activités de 2016. Un autre point qui est très important c’est les principes des systèmes d’innovation. Cela va nous permettre de rendre plus active la chaine de valeur. Il s’agit maintenant d’avoir des résultats palpables issus des activités d’AfricaRice » Directeur général du centre, Harold Roy-Macauley.

Cette semaine scientifique permettra donc de trouver des solutions aux différentes difficultés que rencontrent les acteurs du secteur. Les connaissances générées par la recherche doivent se traduire par l’amélioration des conditions de vie des producteurs. Les partenaires ont besoin de voir des résultats concrets. Or selon le Directeur, l’impact de ces recherches n’est pas encore important car il se pose le problème de gestion des connaissances. Il va donc falloir trouver un mécanisme qui permettra de mieux les partager. C’est ainsi que les résultats pourront être palpables. La possibilité de voir les résultats palpables devient une nécessité et une condition pour les bailleurs de fond car la remarque faite est que le financement est en chute.

Aujourd’hui l’investissement de l’Afrique en matière d’importation de riz est estimé à 15 milliard de dollars. Pour les acteurs africains de la production de riz il faut réduire cette balance afin que l’Afrique s’auto-suffise voire exporte le riz.

A.I

 

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Dr Harold Roy-Macauley à gauche - Adama Traoré à droite

Un nouvel élan pour AfricaRice

Harold Roy-Macauley, est le nouveau directeur du centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice). Il a pris officiellement fonction ce 12 Mars 2015 remplaçant ainsi Adama Traoré. La cérémonie de passation de service s’est déroulée dans la salle de conférence dudit centre à Cotonou.

Un grand moment pour les deux directeurs, l’entrant Harold Roy Macauley et le sortant, qui ne sont d’ailleurs pas inconnus l’un pour l’autre. Adama Traoré le directeur intérimaire sortant a exprimé sa satisfaction quant à cette opportunité qui lui est offerte de remettre au Dr Harold, les clés de la maison. Tout en remerciant les chercheurs et le personnel, le directeur sortant leur a aussi demandé de redoubler d’effort afin de permettre au nouveau directeur d’accomplir l’ambition qu’il a pour l’institution. Aussi a-t-il exhorté à : «Faire en sorte que la vision panafricaine que nous avons de ce centre soit une réalité car la finalité de tout cela est le développement de notre continent ».

Outre le directeur sortant, le personnel d’AfricaRice a aussi souhaité la bienvenue au Dr Harold à travers leurs représentants, Nadia Abbas KAZMI et Dr ADDA Gnidoté Cyrille. Ils souhaitent que la présente prise de fonction soit l’amorce d’une nouvelle ère à AfricaRice.

Le directeur générale entrant de nationalité Sierra Léonaise a, à son actif, près de 30 années d’expérience dans la recherche agricole. Il était dernièrement le Directeur exécutif du du Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF/WECARD). Harold Roy-Macauley, a quant à lui remercié le DG sortant pour le travail abattu. Il base sa vision de faire d’AfricaRice un grand centre de CGIAR (Consortium de centres de recherche agricole internationaux, NDLR) sur les principes que sont la consolidation, l’efficience, l’efficacité et l’excellence. Le Docteur en Biologie des plantes moléculaires, a aussi rappelé que « le succès d’AfricaRice ne dépend pas seulement du DG mais aussi des autres composantes du centre ». Le successeur de Adama Traoré a ensuite appelé à l’union au sein du centre afin de mieux relever le défi d’AfricaRice. Notons que ce jour12 Mars est un double événement pour le nouveau directeur puisque sa prise de fonction au faîte d’AfricaRice coïncide avec ses 55 ans. . Il a donc célébré cet anniversaire avec sa nouvelle famille d’AfricaRice.

Awanabi Idrissou

Recherches sur le riz

Aujourd’hui, le riz fait partie des principaux aliments de base des pays de l’Afrique de l’Ouest. Le défi commun à ces pays, majoritairement importateurs de riz est d’atteindre l’autosuffisance. C’est dans ce sens que le Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice) œuvre à travers ses recherches. Dr Khady Nani DRAME est chercheuse en Biologie Moléculaire à AfricaRice. En poste en Tanzanie, la scientifique travaille entre autres sur la toxicité ferreuse, un mal présent et persistant dans les champs de riz de certains pays africains. Nous l’avons rencontrée lors de la semaine scientifique d’AfricaRice.

Qu’est-ce que la toxicité ferreuse ?

La toxicité ferreuse est un stress (un

Khady Nani Dramé- Projet STASA

Khady Nani Dramé- Projet STASA

mal) qui intervient dans les bas-fonds où le niveau de fer dans le sol est très élevé et empêche la plante de pousser correctement. En principe, si le paysan aménage bien sa parcelle et qu’il fait un drainage régulier, il peut réduire le problème de toxicité ferreuse. Mais comme c’est souvent le cas, la gestion de l’eau dans les parcelles paysannes n’est pas toujours optimale. Nous travaillons donc pour développer des variétés qui peuvent survivre à ce stress-là et produire de bons rendements.

En quoi consistent vos recherches ?

Nos recherches s’intègrent dans le cadre du projet STRASA qui se focalise sur le développement des variétés de riz tolérantes aux stress abiotiques tels que le froid, la sécheresse, la toxicité ferreuse, la salinité et la submersion. Nous développons les nouvelles variétés en utilisant les sources qui existent dans notre banque de gènes. Ces sources sont sélectionnées sur la base de leur comportement en conditions de stress. Par exemple celles qui présentent le moins de symptômes de toxicité ou celles qui produisent le mieux, sont retenues.. On les utilise pour faire des croisements et améliorer les variétés que les paysans apprécient mais qui ne survivent pas au stress.

On utilise aussi des outils moléculaires pour identifier les régions du génome qui contrôlent ces caractères et ensuite les transférer par croisement dans les variétés à améliorer. De ce fait on peut améliorer la variété avec plus de précision tout en évitant de perdre les caractéristiques appréciées par les paysans: c’est la sélection assistée par marqueurs.

Notre produit final pour ce projet, sont les variétés améliorées qui résistent aux stress abiotiques.

Vos recherches ont abouti à quelles solutions ?

Dans le cas de la toxicité ferreuse, si la variété cultivée est très sensible, le paysan ne récolte rien ! Des travaux précédents d’AfricaRice ont montré que les pertes peuvent varier entre 30% et 100% en fonction de la sévérité du stress et de la tolérance de la variété.

Dans notre projet, nous développons des variétés qui peuvent survivre à ce stress de sorte qu’à la fin de la saison, même avec le stress, le paysan peut récolter quelque chose. Le projet STRASA est à sa troisième phase. Pendant les deux premières phases, nous avons développé des variétés qui sont maintenant nommées ARICA et homologuées dans les pays comme la Guinée Conakry et le Burkina-Faso. Les paysans qui ont accès à ces variétés peuvent les utiliser dans leurs parcelles affectées par la toxicité ferreuse. De ce fait, ils ne sont plus obligés d’abandonner ces parcelles pour exploiter d’autres terres et sont assurés d’avoir de meilleures récoltes.

Que pensent les producteurs de vos résultats ?

On a eu des réactions assez positives pendant les sessions de sélection variétale participative. En fait, on ne se contente pas de développer la variété, on s’assure également qu’elle est acceptée et appréciée par les paysans. Ils sont invités dans nos parcelles de démonstration et choisissent eux-mêmes les variétés qui leur conviennent en fonction de leurs propres critères d’appréciation. Ce qui nous permet d’avoir un retour et de poursuivre l’amélioration en tenant compte de leurs critères et besoins. Prenez le cas, des pays où les variétés STRASA ont été homologuées, c’est parce que les paysans ont accepté ces variétés qu’ils ont été homologuées. Nous pouvons développer dix ou quinze variétés mais au final c’est peut-être une seule qui sera homologuée car c’est elle qui correspondrait le mieux à leurs critères.

Comment les acteurs, dont les paysans accèdent-ils à vos solutions ?

AfricaRice étant une organisation à but non lucratif, nous faisons de la recherche pour développer des produits et des technologies qui seront utilisés librement par d’autres. Par exemple nos travaux de recherche sont publiés pour servir d’autres chercheurs dans la poursuite de leurs travaux ou l’amélioration de leurs connaissances. D’autres supports tels que les manuels et les vidéos sont disponibles et peuvent être utilisés par les formateurs ou les vulgarisateurs pour diffuser les bonnes pratiques agricoles. D’autres acteurs comme les paysans peuvent utiliser les produits finis que sont les variétés. Et par le biais du groupe d’action « Sélection » nous nous assurons que les bonnes variétés de riz dont nous disposons sont testées le plus largement possible dans différents pays d’Afrique pour le bénéfice de leurs producteurs respectifs.

Comment maintenez-vous vos relations avec les paysans ?

Dans tous les pays où nous travaillons, nous nous entourons des partenaires nationaux qui assurent le relais avec les paysans. AfricaRice, n’a pas la masse critique pour poster des chercheurs ou des unités dans tous les pays d’Afrique, donc il est indispensable que nous travaillons en étroite collaboration avec les systèmes nationaux de recherche. Par ailleurs, du fait qu’ils maitrisent suffisamment bien leur environnement de production, nous sommes assurés que les produits issus de nos recherches sont diffusés exactement là où les paysans en ont le plus besoin. Par exemple, au Bénin, vous avez l’INRAB (Institut Nationale des Recherches Agricoles du Bénin, NDLR) avec qui AfricaRice collabore pour la recherche et la diffusion de technologies pertinentes pour le Bénin. Pareil dans d’autres pays.

Propos recueillis par Awanabi Idrissou

Note de la Rédaction (NDLR) :

  • « Le riz tolérant au stress pour les paysans pauvres d’Afrique et d’Asie du Sud-Est (STRASA) »
  • Les 18 pays couverts par le projet STASA sont : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée, Kenya, Madagascar, Mali, Mozambique, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Tanzanie et Ouganda.